Gelmi Giovanni
L'ENVOL
Les noeuds de Gelmi ne sont pas des problèmes. Plutôt des fragments d'histoires: des rubans pointés vers le ciel entre mystère et réalité. Le mystère, celui qui découle du travail d'un artiste modeste et attachant dont l'atelier est un laboratoire: un condensé d'essais et d'erreurs. De tranches de vie aussi. La réalité, celle de la matière – l'acier cor-ten – qu'il plie, enroule et structure avec conviction et détermination. L'envol est fougueux. Le mouvement majestueux.
Dans mon salon, sur un bloc de bois, un noeud s'étire vers le plafond. Il semble être en équilibre instable sur son socle. Comme une sorte de point d'interrogation. Sur le mur blanc, son ombre lui répond. Plus discrète, plus en retenue. Comme si les questions n'avaient finalement pas beaucoup d'importance. Ce dessin un peu flou prend soudain une dimension nouvelle. L'oeuvre se dédouble. L'interrogation devient suggestion.
Marie Honnay (Journaliste)
CALLIGRAPHIE DE L'ESPACE
Rencontrer un artiste en devenir est toujours un plaisir d’une rare intensité. J’avais découvert régulièrement les œuvres aériennes et musicales de Giovanni Gelmi au fil des expositions de plein air ces dernières années. Le temps de la rencontre était venu.
Ce sculpteur qui dompte le métal depuis plusieurs années, est l’auteur de « totems aériens » qu’il assemble et transforme au gré de son inspiration par un savant mélange de formes qui donnent vie à d’énigmatiques arabesques.
Il faut dire que ce plasticien belge, d’origine italienne, n’est pas seulement un chasseur d’instants envolés, il est aussi un remarquable artisan.
Depuis toujours le métal l’a appelé. Il est vrai que son monde est fait de rencontres improbables avec un matériau d’apparence froid et lourd.
Et pourtant, le métal qui devient entre ses mains une signature, est parfois un véritable moment d’éternité mais toujours un exploit de technicité.
Je suis directement séduit par l’élégance de son univers ; une sensation de légèreté, des lignes naturelles s’en dégagent.
Ces sculptures que l’on retrouve aujourd’hui dans de nombreux lieux d’art en Belgique, en Italie se jouent de la lumière et s’étalent au travers des jeux d’ombres.
En travaillant l’acier de la sorte, sculpteur ne cherche pas à imiter une apparence sensible mais à donner une forme visible à une présence invisible, presque surnaturelle. C’est ainsi que de simples blocs de fer en courbes ou longilignes, entre ses mains, s’ennoblissent.
L’homme habite et travaille sur les hauteurs de Seraing, sa ville de naissance. Volubile, il sait parler de « ses » métiers.
Rapidement au fil de la conversation, il m’invite à découvrir son « double espace » de création. Giovanni peint et sculpte mais il scinde ses deux activités entre le garage et le grenier, entre le monde terrestre et le monde aérien. Encore une histoire de verticalité. L’homme aime aller à l’essentiel.
Le public ne résiste pas à cette griffe particulière qui fait de lui un calligraphe « verticaliste », reconnaissable au premier coup d'œil. Ce savoir-faire universel n’est cependant en aucun cas hermétique, permettant à chacun une lecture multiple.
Il me confie que tout au long de son apprentissage de professeur, il s’est laissé absorber par le médium de base. Ensuite, très vite, en suivant l’enseignement des Beaux-arts à Huy, il affirmera sa filiation avec l’art d’aujourd’hui, poursuivant toujours une réflexion personnelle sur la fragilité, l’équilibre, les formes, car l’art d’assembler et de plier est en lui.
Sa peinture comme son œuvre de sculpteur, évoque trace, le rapport brut à la couleur, mais c’est avant tout dans la troisième dimension que son inconscient trouve sa source d’inspiration.
La sculpture prend le pas sur la peinture, au fur et à mesure, et c’est ainsi que se cristallisent une sensation ou une belle courbe. Ainsi le résultat final n’est jamais connu à l’avance.
Par un savant mélange de matériaux soudés, il donne vie à ses sculptures filiformes inspirées de l'art africain ou de la calligraphie orientale. Riches en matériaux de toutes sortes, les manifestions de Gelmi sont toujours le fruit d’une spontanéité stupéfiante. Et les sentiments qu’il traduit ou qu’il incarne naviguent dans toutes les gammes émotives : de la résiliance, au nœud « Vincien », à l’étonnement et à la grandeur.
Et comme les masques du Cameroun qui sont considérés comme des condensateurs d’énergie, les œuvres de Gelmi sont profondément rythmées.
La force qu’elles contiennent et qu’elles dégagent ont toujours pour sources des thèmes récurrents qui évoquent le lien entre la terre et le ciel : l’envol, les nœuds, la verticalité, l’union, la fusion, la danse ou l’ouverture.
Leur fonction est de susciter une image en faisant abstraction de toute ressemblance; elles visent uniquement à évoquer la trace, l’empreinte au moyen d’un agencement rythmique des volumes. L’apparence importe peu !
Car ce qui compte, c’est de créer une réalité qui suscite une puissance dictée par le métal, une matière qui n’accepte pas toutes les contraintes.
C’est cette connaissance approfondie du métier qui occupera une place fondamentale dans ce travail fait d’une part de force et de légèreté, d’autre part de poésie et de technicité.
Il n’y a pas de doutes, ce travail « cosmique » entraîne une adhésion immédiate car il défie les lois de l’équilibre.
Lucien Rama (Critique d’art)







